Ennuyeux mais très intéressant, le dernier film de Coppola. Ce réalisateur de génie a expliqué à la planète que ses chef-d'oeuvres étaient en fait des films sur commandes. Si j'ai fait "le Parrain", explique-t-il, c'est bien parce qu'on me l'a demandé et que j'avais du mal à boucler mes fins de mois... Et là, libéré des basses contraintes matérielles, Coppola se lâche et fait le film qui est l'aboutissement de sa vie. 2 heures (voire un peu plus) pour résumer la philosophie d'une existence! Pourquoi pas? Eh bien le résultat est éclairant. Un film bourré de talent, d'intelligence, de messages mais...trop bourré. On sent que la formidable machine intellectuelle du réalisateur se révèle soudain contreproductive quand il s'agit de retranscrire sa pensée. Face à un sujet complexe (la vie, la mort, le temps etc...), l'homme veut s'expliquer, parler, "communiquer" et tout devient confus. Tout le talent naturel, transcendental, qui nous émerveille quand il s'exprime sur un sujet de commande, devient lourd, poussif, quand il se veut démonstratif, convaincant sur un sujet dit "essentiel".

L'homme aurait-il tant de mal à communiquer sur son essence même? C'est toute la dialectique du dit et du non-dit. La question de la création artistique. Un siècle et demi qui a vu se succéder le mythe romantique de l'artiste maudit et celui de l'artiste-politique engagé, a de façon caricaturale enfermé dans une profonde schizophrènie, en particulier dans l'Europe de l'Ouest, l'acte créatif. Quand redécouvrira-t-on tout simplement que l'acte de la création est bien supérieur à tout les schémas intellectuels qui prétendent l'expliquer ou le structurer. Bach ou Goya n'ont fait que des oeuvres de commandes. Et leur expression artistique n'a-t-elle pas été libérée du seul fait qu'il n'y avait pas à expliquer, justifier...? Et leur expression artistique n'a-t-elle pas largement dépassé toute dialectique subtile et prétentieuse mais néanmoins tellement confortable?

A ce sujet, je vous recommande impérativement d'aller voir l'exposition "le plaisir du dessin" au Musée des Beaux-Arts. Cela vous permettrra de constater combien une expression dite "mineure" laisse une totale liberté à des artistes qui ne sont pas angoissés par l'élaboration d'une oeuvre "majeure". Oubliez le talent (ou tout du moins sa justification intellectuelle) et il éclate au détour d'un trait de crayon. Magnifique!