Jean Michel Daclin, le Blog

CHAMPAGNE!

J'avais glissé deux mots il y a deux mois sur l'excellent bouquin de mon ami Pierre Dockès: "l'enfer, ce n'est pas les autres". Un intellectuel de gauche (il n'y a là rien de déshonorant), économiste qui sort de l'académisme néo-marxiste teinté d'auto-flagellation judéo-chrétienne pour respirer. De l'air. Enfin.

Que dit-il? Oui la mondialisation existe. Et il ne sert à rien de la nier. En revanche, elle peut être l'occasion pour nous de trouver des chemins de developpement. Sans tomber dans un optimisme béat, il y a des opportunités dans le marché du monde pour alimenter et bien alimenter l'enracinement d'une société humaniste à laquelle nous aspirons.

Qui aurait pu croire qu'une telle thèse intéresse le Sénat? Par quelle magie cette docte assemblée a-t-elle sélectionné cet ouvrage profondément révolutionnaire dans sa short-list destiné à son prix annuel ? Erreur ou inattention, le diable était dans la boîte, aidé par une forme politiquement correct. Puis la magie a opéré: passé de 100 titres puis à 20 pour terminer à 3. Et enfin, the winner is: Pierre Dockès. Il est le lauréat du prix du meilleur ouvrage en matière économique décerné par le sénat après un vote démocratique (mais oui!).

Champagne! Avec un immense plaisir! Tout ceci finalement pousse à l'optimisme. Qu'une assemblée profondément conservatrice en arrive à couronner l'ouvrage de Pierre est jubilatoire. Au sens propre.

CERVEAU GAUCHE /CERVEAU DROIT

Ennuyeux mais très intéressant, le dernier film de Coppola. Ce réalisateur de génie a expliqué à la planète que ses chef-d'oeuvres étaient en fait des films sur commandes. Si j'ai fait "le Parrain", explique-t-il, c'est bien parce qu'on me l'a demandé et que j'avais du mal à boucler mes fins de mois... Et là, libéré des basses contraintes matérielles, Coppola se lâche et fait le film qui est l'aboutissement de sa vie. 2 heures (voire un peu plus) pour résumer la philosophie d'une existence! Pourquoi pas? Eh bien le résultat est éclairant. Un film bourré de talent, d'intelligence, de messages mais...trop bourré. On sent que la formidable machine intellectuelle du réalisateur se révèle soudain contreproductive quand il s'agit de retranscrire sa pensée. Face à un sujet complexe (la vie, la mort, le temps etc...), l'homme veut s'expliquer, parler, "communiquer" et tout devient confus. Tout le talent naturel, transcendental, qui nous émerveille quand il s'exprime sur un sujet de commande, devient lourd, poussif, quand il se veut démonstratif, convaincant sur un sujet dit "essentiel".

L'homme aurait-il tant de mal à communiquer sur son essence même? C'est toute la dialectique du dit et du non-dit. La question de la création artistique. Un siècle et demi qui a vu se succéder le mythe romantique de l'artiste maudit et celui de l'artiste-politique engagé, a de façon caricaturale enfermé dans une profonde schizophrènie, en particulier dans l'Europe de l'Ouest, l'acte créatif. Quand redécouvrira-t-on tout simplement que l'acte de la création est bien supérieur à tout les schémas intellectuels qui prétendent l'expliquer ou le structurer. Bach ou Goya n'ont fait que des oeuvres de commandes. Et leur expression artistique n'a-t-elle pas été libérée du seul fait qu'il n'y avait pas à expliquer, justifier...? Et leur expression artistique n'a-t-elle pas largement dépassé toute dialectique subtile et prétentieuse mais néanmoins tellement confortable?

A ce sujet, je vous recommande impérativement d'aller voir l'exposition "le plaisir du dessin" au Musée des Beaux-Arts. Cela vous permettrra de constater combien une expression dite "mineure" laisse une totale liberté à des artistes qui ne sont pas angoissés par l'élaboration d'une oeuvre "majeure". Oubliez le talent (ou tout du moins sa justification intellectuelle) et il éclate au détour d'un trait de crayon. Magnifique!

DUBAÏ EXISTE JE L'AI RENCONTRE.

Là bas les tours ressemblent aux BD de science fiction de mon enfance et grattent vraiment le ciel; Comment ce village du désert des années 60, passé à 1,4 million d'habitants aujourd'hui peut-il, sans trembler, construire pour accueillir 6 millions d'habitants supplémentaires sous moins de 15 ans? On a l'impression, à errer dans ce monumental chantier, que le réel n'existe plus. Les gens eux-même, gentils, cultivés, attentifs, vous évoquent sans sourciller leur intention d'atteindre la lune. Dès demain matin. Une possibilité d'échec ne les effleure pas. Et ce mirage attire : 80% d'immigrants. Sans compter ceux qui ne sont pas comptabilisés et travaillent dans les soutes dans des conditions plus que limite. C'est la ruée vers l'Ouest façon pétro-dollars.

Et si l'on vous demande ce qui fait courir tout ce monde ne répondez surtout pas que c'est le pétrole. Il ne représente plus aujourd'hui que 15% de leur PNB. Non, le phénomène est le même que celui qui a construit la Suisse. Vous prenez le Liban, l'Irak, l'Iran, vous ajoutez le Pakistan, la Russie et quelques autres. Ils sont quelques centaines de milliers dans chacun de ces pays à la tête de petites ou grosses fortunes à la recherche d'un pays d'asile à l'abri des conflits. Si en plus il sait être sympathique sur le plan fiscal, c'est le bingo.

Que vient faire Lyon dans cet autre monde? Du business d'abord pour une partie de notre délégation de 45 personnes. Et ça a (très) bien marché. Ensuite rencontrer des investisseurs, en particulier dans le secteur de l'hôtellerie: deux très bons contacts qui vont donner lieu à des études de projets. Egalement un rendez-vous de travail avec le vice-président d'Emirates, la compagnie aérienne. Prêts à ouvrir une ligne directe sur Lyon si le gouvernement français -pardon je voulais dire Air France- leur en donne l'autorisation.

Enfin une rencontre formidable avec le patron d'Emivest. Fin, cultivé, attentif cet homme s'est retrouvé par un concours de circonstance à Lyon. Et il est tombé amoureux de cette ville. Au point de vouloir recréer à Dubaï la qualité de vie qu'il a ressenti dans notre ville. Tout un quartier va naître. A la lyonnaise. Signés au cours de notre séjour: l'installation d'une université francophone sous l'égide de Lyon 2 et l'implantation d'un centre de formation de foot dirigé par l'OL. Il souhaiterait également une coopération avec un musée lyonnais (musée des tissus ou musée des Beaux Arts) et l'Institut Paul Bocuse. Tout ceci constitue un formidable outil de promotion pour Lyon et ses acteurs. Ah, j'oubliais de vous dire l'université ouvre en Septembre prochain!

TINTIN AU PAYS DE L'OR NOIR

Départ demain pour Dubaï. Avec Nadine Gelas, nous menons une délégation de 50 personnes, université et entreprises. Il s'agit de péréniser officiellement les relations entre nos deux villes. Avec, à court terme, deux concrétisations: une université initiée par Lyon II et une réplique là bas d'un Lyon dont est tombé amoureux un émir.

Mais, au delà, il s'agit d'accompagner des entreprises lyonnaises (Zilli et le comité Bellecour qui fait un évent) et surtout de séduire des investisseurs et de les convaincre du potentiel formidable de notre agglomération. Sur ce dernier point, sept rendez vous sont programmés.

Ce message est personnel et il se veut une réponse au blogeur qui, la semaine dernière, doutait des objectifs opérationnels de nos déplacements. Non, ce n'est pas par amour des aéroports, des avions voire des hotesses de l'air que je me lève à 5 h 30 pour passer 3 jours dans des salles de réunion à l'autre bout du monde.

C'est pour Lyon ! Et ça marche !

UN DIMANCHE (bien) ORDINAIRE

; width=Journée rassurante aujourd'hui. J'avais été un peu déstabilisé mardi par un débat organisé par le comité de soutien à la candidature de Gérard Collomb: au milieu d'interventions peu partisanes mais néanmoins très optimistes sur la dimension internationale de Lyon, deux prises de parole évoquaient une ville immobile qui ne change pas fondamentalement. Ploucs on était, ploucs on restera...Après tout pourquoi pas! Ce ne serait pas la première fois que des gens au coeur de l'action perdraient en cours de route toute vision objective des choses.

Tout faux! Il suffisait aujourd'hui de marcher, de regarder, d'écouter pour être habité par l'incroyable énergie de cette ville. Dans tous les (nombreux) lieux où se croisaient les lyonnais en ce dimanche ordinaire j'ai ressenti physiquement la vie, non l'amour de la vie qui nous anime. C'est sans doute le secret de notre réussite. Et je conseille à ceux qui en doutent de corriger l'image ancienne qu'ils ont de Lyon en ouvrant simplement leurs yeux et leurs oreilles.

"Je hais les Dimanche" disait la chanson. Même pas vrai!

C'EST LA FRANCE QU'ON ASSASSINE

image 1Réunion informelle des élus locaux francophones lors du conseil mondial des pouvoirs locaux à Jéju. Assemblée principalement composée d'africains, de canadiens, de français et de suisses. C'est là qu'on apprend, attérés, que le visa de transit a été refusé à plusieurs dizaines de maires de l'Afrique de l'ouest. Maires maliens, togolais, ivoiriens ou burkinabés, on ne leur a même pas permis de passer par un aéroport français pour se rendre en Corée.

Il ne s'agissait pas de pénétrer sur le territoire mais bien seulement de passer d'un avion à un autre en transitant par les superbes couloirs de Roissy-Charles de Gaulle... Conséquence, ils ont été obligés de passer par Genève, Zurich, Francfort ou Londres pour le plus grand bien de Lufthansa ou British Airways.Quelle honte! Quelle imbécilité crasse!

Il y a bien sûr des conséquences pratiques, concrètes, immédiates qui plombent plus encore notre passif sur un continent qui attire, de l'Amérique à la Chine, beaucoup de monde. Quand on sait que les auteurs de ces stupidités sont censés défendre les intérêts de la France...

Mais le plus grave est que c'est un coup de canif supplémentaire à la culture et à l'essence même de notre pays. Ne pas comprendre que notre tradition d'hospitalité est le ciment de notre fond de commerce dans le monde c'est être un incapable. Application bête et stupide d'un Sarkosysme dominant, d'une sorte de complexe de supériorité. Comme s'il y avait encore des gens pour croire que nous avons inventé la liberté et les droits de l'homme...

Finalement c'est la même chose, en inversé, que l'Arche de Zoé. Nous sommes malade de dédain. Suicidaire!

PERBEN, UN ESTIDADO!

image 1Retour du congrès mondial des villes le 1° Novembre. Je tombe sur Le Progès qui relate le voyage de Perben à Barcelone, voyage censé lui donner de l'inspiration (sic!). J'avais eu des échos de ce voyage par la plus que catalane Antonia Sabartès avec qui j'ai eu mardi une séance de travail sur nos dossiers en commun.

Le regard plein de malice elle tente de me faire parler de Perben... pour finir par me raconter la visite de l'ex-ministre dans les services de la ville de Barcelone. On dira que le personnage ne semble pas avoir marqué par sa chaleur communicative...

Avant de partir dans un de ses rires si caractéristiques, celle qui a construit la stratégie internationale de la capitale catalane me résume la journée: "cet homme, c'est un estidado...". Si l'on evite les traductions trop familières, on dira "complètement coincé".

Touché!