Jean Michel Daclin, le Blog

ARLES ET RETOUR

Faites rapidement un aller-retour à Arles.Cette ville a une âme. Surtout, cette année, les expositions de photographie méritent le détour. Je noterai seulement pour les amoureux de sociologie politique la succession des portraits de tous les présidents de la république française. Edifiant dans l'utilisation des symboles. On constate que Giscard d'Estaing a, plus que ses pairs, osé et affirmé sa modernité. Bizarrement le portrait de Sarkozy marque un retour délibéré à un classicisme pontifiant. Comme l'expression d'un besoin désespéré de légitimité...

Tout aussi passionnant, tous les portraits de la reine d'Angleterre, depuis sa naissance jusqu'à aujourd'hui. Au delà des séquelles de l'âge, c'est tout l'imaginaire d' un pays que l'on visite.

A la fin de cette double exposition, on comprend les véritables enjeux des matches de rugby France-Angleterre.

EMOTION

Moment d'émotion hier soir à la mairie de Lyon lors de l'hommage rendu à Raymond Barre. Intervention que je qualifierai de classique de Gérard Collomb. Il semblait presque gêné de trop donner à voir la connivence qui l'unissait à son prédécesseur. Ah pudeur quand tu nous tiens...

J'ai ressenti un Olivier Barre beaucoup plus bouleversé qu'il ne voulait le laisser paraître. Alternant, lors de son intervention, évocations intimes, philosophie politique, détails de fin de vie, religion et exemplarité morale il a montré, avec talent mais sans forcement le vouloir, que la relation à un père ne peut pas ne pas être complexe. Un deuil lourd à porter.

Quant à Raymond Barre, l'ayant croisé, j'avais été frappé bien sûr comme tout le monde par son intelligence et son indépendance d'esprit. Plus inattendue pour moi était sa capacité d'écoute. A l'opposé de la caricature usuellement faite de l'homme.

On peut aimer ou ne pas aimer, être d'accord ou pas d'accord, mais on ne peut pas nier le besoin en démocratie d'avoir des hommes libres de leurs propos. L'incarnation du pavé dans la mare. Même si cette qualité peut s'accompagner de prises de position incongrues voire choquantes. Nous en avons eu l'illustration recente.

L'ART DE LA JOIE

Les souvenirs de vacances sont la figure imposée, au sens propre, des rentrées. Je vais vous éviter cela. Permettez moi seulement d'évoquer trois grands plaisirs:
Le scooter à brides abattues (40 km/h quand même) sur les chemins d'une petite île grecque dont la maire du 5ème, Alexandrine, est originaire. Cela doit être assez proche du paradis.

Lecture de "La peau foide" du catalan Alberto Sanchez Pinol. Une illustration passionnante de la lutte entre civilisation et barbarie. Le véritable ennemi est la peur de l'autre ancrée au fond de nous. Il faut toujours se méfier de soi même...

J'ai profité de ce temps qui s'égrenne insensiblement pour attaquer et pratiquement terminer les 650 pages de "L'Art de la joie" de l'italienne Goliarda Sapienza. Quelle gourmandise! Accepter sa propre existence et celle des autres c'est la façon la plus limpide de conduire sa vie.